Regard sur…

La dyslexie, un des troubles de l’apprentissage

Très sensible au nombre d’élèves de plus en plus nombreux qui souffrent de différents troubles de l’apprentissage (dyslexie, dyspraxie, dysorthographie, dyscalculie…), un groupe de professeurs s’est constitué il y a un peu plus d’un an, afin de se former et de mieux apprendre à gérer les difficultés rencontrées par les enfants et leurs parents.

S’il y a une phrase à retenir des différentes interventions et formations, c’est celle-ci : « Un « dys » c’est quelqu’un qui apprend à lire à chaque fois qu’il lit ». La dyslexie est un handicap invisible que l’on peut comparer à une cécité verbale. Voici la définition du handicap : « Constitue un handicap toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de la santé invalidant ».

La dyslexie, la dyspraxie, la dysorthographie, la dyscalculie sont des troubles durables et persistants, on n’en guérit jamais. A force de persévérance, d’adaptation, les enfants « dys » pourront gagner en vitesse de lecture mais il faut vraiment se rendre compte et accepter le fait qu’ils auront beau apprendre par cœur, il y a des mots qu’ils ne sauront jamais écrire.

Il serait trop long dans cet article de lister toutes les difficultés auxquelles sont confrontées les enfants, mais il est cependant important de savoir qu’ils dépensent beaucoup d’énergie pour s’adapter, compenser et donc se fatiguent très vite. Ils ne peuvent pas lire et comprendre en même temps, par exemple, il leur faut donc du temps pour déchiffrer et ensuite comprendre. Ils ont également une faible mémoire de travail et ne peuvent pas auto-mémoriser la lecture.
L’enfant « dys » n’a pas non plus intégré l’abstraction de la verticale, d’où l’impossibilité de se représenter une carte en géographie, un schéma en sciences ou en mathématiques.

UNE PÉDAGOGIE ADAPTÉE

Depuis septembre dernier, grâce à une pédagogie adaptée, des évaluations différenciées, nous avons mis en pratique les idées et conseils reçus pendant nos diverses formations afin de faciliter l’apprentissage de nos élèves.
Nous adaptons tous notre enseignement mais chacun avec des méthodes, des « astuces » différentes. Par exemple, avec une police de caractère (arial 14), des cartes heuristiques, des pictogrammes de consignes, des couleurs de repérage (grammaire : le verbe en rouge, le nom en vert etc…), une oralisation des consignes, des dictées à choix, des exercices en moins pour les évaluations, un professeur secrétaire, des cours imprimés ou envoyés par mail, l’utilisation d’une clé USB…

Des plans de travail inclinés ont été proposés afin d’apporter un certain confort visuel, des livres audios ont également été achetés et sont disponibles dans les CDI des sites Cordeliers et Victoire permettant ainsi aux élèves d’accéder plus facilement à des œuvres littéraires.
De nombreux ouvrages sur les troubles de l’apprentissage sont aussi proposés aux enseignants qui souhaitent approfondir le sujet.
Afin d’éviter des souffrances inutiles, le classement « mauvais élève », nous avons généralisé à l’entrée en 6ème, un test ROC (Repérage Orthographique Collectif) qui nous permet de repérer très vite d’éventuels problèmes.
Un enfant non détecté est souvent classé comme mauvais élève, il se sent rejeté et est donc bien évidemment en souffrance.
Identifier une dyslexie, une dysorthographie etc, ce n’est pas résoudre les difficultés mais c’est déjà soulager l’enfant qui ne se sentira plus « idiot » ou « cancre ».
Il est encore bien tôt pour faire un bilan, mais les premiers avis des enfants et de leurs parents sont positifs ce qui motive encore plus, évidemment, l’équipe enseignante.

Le point de vue des enseignants

Gaëlle AUFFRET, professeur de français, et Jean-François AUFFRET, professeur de mathématiques, accueillent des élèves dyslexiques dans leurs classes. Entretien croisé des deux enseignants avec un regard sur les élèves de 6ème et de 3ème.

« Comment percevez-vous personnellement les élèves qui sont dyslexiques des autres élèves de la classe ou qui ont des troubles identifiés de l’apprentissage ? Est-ce vous qui orientez vers un éventuel diagnostic ? »

Mme AUFFRET

« Ce n’est pas facile de percevoir les dyslexiques. Il s’agit, en effet, d’un handicap invisible. De plus, ils ont souvent une bonne compréhension orale. Si l’élève n’a pas été diagnostiqué avant, c’est à la première dictée que je vois que quelque chose ne va pas : des confusions importantes de sons, des mots orthographiés très bizarrement, des phrases qui ne veulent rien dire au premier abord. Dans ce cas, il faut alerter les parents. Le ROC (repérage orthographique collectif) que l’on fait passer aux élèves en 6ème sert aussi à nous mettre sur la voie. Le diagnostic n’est pas évident, même pour les professionnels, car il existe des degrés dans la dyslexie et une dyslexie légère peut presque passer inaperçue, pourtant elle handicape l’élève ».

M. AUFFRET

« Les élèves suivant le dispositif ont déjà été détectés dyslexiques. Cependant certains peuvent « passer au travers ». La lecture des consignes, les problèmes de graphisme, de restitution écrite… sont peut-être les difficultés les plus fréquentes et les plus facilement repérables. Mais il existe de nombreuses formes de dyslexie d’importance plus ou moins forte.

Il faut donc parfois un peu de temps pour avoir une interrogation de dyslexie chez quelqu’un qui n’aurait pas été repéré. C’est une analyse d’équipe qui permet de sensibiliser vers un diagnostic mais cela se fait heureusement de plus en plus avant la 3ème.

« Intégrer des élèves en difficulté d’apprentissage est souvent aussi une difficulté pour les enseignants, comment la gérez-vous concrètement dans une classe dans laquelle il y a des dyslexiques ? Y a-t-il des méthodes préconisées plus que d’autres ? « 

Mme AUFFRET

« Oui, c’est une difficulté au départ mais cela devient vite une richesse. Cette année, en 6ème, les élèves dyslexiques sont aidés par d’autres élèves de la classe, des tuteurs. Cela créé un esprit d’entraide et de solidarité dans la classe, très profitable à chacun. En ce qui concerne les méthodes, l’idéal est d’alléger le plus possible l’écrit pour ces élèves car écrire les fatigue beaucoup et ils font des fautes bien souvent en recopiant. J’essaie de privilégier les schémas pour eux plutôt que de longues leçons. Ils peuvent aussi écouter les versions audio des livres à étudier. Et en évaluation, je leur donne des dictées à trous ou à choix multiples. Ils bénéficient de temps supplémentaire lors des devoirs ou leurs devoirs sont plus courts (moins d’exercices, moins de questions). Je ne perds jamais de vue ce qu’une professionnelle m’a dit un jour à propos des « dys » : « Il faut les imaginer avec un sac à dos de dix kilos sur le dos et ils ne peuvent jamais le poser. » Ils sont donc forcément vite fatigués. Je pense aussi qu’il faut leur faire confiance, les autoriser à faire leurs exercices à l’oral chez eux par exemple ».

M. AUFFRET

 » Non, ce n’est pas une difficulté car un groupe classe est toujours un groupe hétérogène. La majorité des personnes non dyslexique rencontre aussi des difficultés, mais évidemment autres. Les difficultés scolaires des personnes dyslexiques sont identifiées. Il est donc plus facile d’utiliser les outils connus pour les aider ; outils qui aident aussi des personnes « non-dys ».

Cette année, j’ai utilisé l’évaluation orale lors d’une interrogation écrite pour le reste de la classe. La personne dyslexique ne pouvait pas restituer les règles du cours à l’écrit. A l’oral, il est évident que le cours avait été appris.

J’utilise aussi toujours le cours à compléter pour diminuer la fatigue de la prise de note et permettre à la famille d’avoir une trace écrite lisible. Lors des devoirs, la lecture orale des consignes a aussi été utilisée cette année. De nombreux outils sont possibles et à déterminer selon chacun. L’informatique en simplifie la mise en place.  »

« Certains élèves n’osent pas faire part de leurs difficultés qui peuvent être liées aux troubles connus de l’apprentissage. Que leur proposez-vous ? « 

Mme AUFFRET

« Je n’ai pas eu ce cas de figure. Les élèves « dys » que je côtoie sont plutôt demandeurs d’aménagements et n’hésitent pas à parler de leurs difficultés. Dans le cas contraire, je pense qu’il faut prendre le temps de dialoguer avec l’élève et le rassurer. La différence n’est pas facile à assumer mais l’obstacle peut être chemin, ce sont des élèves intelligents et créatifs ».

M. AUFFRET

 » Dans un premier temps, ce choix est à respecter. Donc, on attend un peu… Mais ils doivent tester, au moins une fois, un outil pour se rendre compte que cela peut les aider. C’est ce qui s’est passé cette année en troisième. L’élève ne voulait pas avoir un outil différent qui le démarquerait du groupe. Après avoir eu un cours à compléter durant quelques séances, il a pris conscience que cela l’aidait en classe et à la maison. Il accepte désormais d’avoir des outils parfois un peu différents. Cela passe très bien au niveau des autres élèves. C’est une première année. Ayant déjà vécu ce dispositif dans un autre établissement, il ne faut pas avoir cette crainte du regard des autres. Les élèves trouvent tout à fait normal que l’enseignant aide une personne qui rencontre des difficultés. Parfois certains demandent à avoir les outils « dys ». Parfois je les distribue à toute la classe.  »

« Compte-tenu de votre approche auprès d’eux, avez-vous déjà remarqué des progrès chez les élèves qui présentent des troubles d’apprentissage ? »

Mme AUFFRET

« Oui, quand les évaluations sont adaptées, ils peuvent réussir. C’est important qu’ils soient dans une dynamique de progrès et de réussite, cela rejaillit sur l’estime qu’ils ont d’eux-mêmes ».

M. AUFFRET

« Toujours, à partir du moment où l’un des outils a permis une réussite, car une deuxième arrive… Le plus important est la mise en confiance de la personne « dys » avec des capacités qu’elle ne réussit pas à exploiter comme les autres. L’estime de soi se développe et l’on a alors un bon point d’appui. C’est valable pour tous les élèves mais se ressent peut-être davantage chez les « dys ».

Leurs difficultés sont des choses qui sont simples pour nous. Mais quand on voit cette petite lueur dans les yeux d’un enfant « dys » qui montre qu’il parvient à mieux lire une consigne, qu’il arrive à tracer un segment,… c’est une boule d’énergie qu’il nous renvoie. Et on repart pour le prochain progrès… »

 

Gwendal THOMAS apprend à gérer sa dyslexie pour apprendre.

Gwendal THOMAS est élève en 3ème A. Sa dyslexie a mis du temps à être repérée. Elle est davantage prise en charge cette année grâce à divers dispositifs proposés par les enseignants et à la maison. Il a obtenu du temps supplémentaire accordé pour les évaluations et le brevet qu’il passera en fin d’année. Il raconte.

« A la base en primaire, je n’arrivais pas à retenir. J’écrivais en phonétique. On me mettait au fond de la classe. J’ai redoublé le CM1 pour ça en partie.
J’ai passé trois ans dans les Pyrénées parce que je souffrais d’asthme. Là-bas, j’ai rencontré une orthophoniste à qui j’ai confié mon problème. J’ai fait des tests de grammaire, d’orthographe. J’avais aussi des problèmes en math.
Je suis arrivé en 4ème aux Cordeliers. Je suis suivi par une orthophoniste de Saint-Malo pour le français. Elle a fait les démarches pour que j’obtienne des heures en plus pour le brevet. L’an dernier, on avait dit que j’étais dyslexique, mais je n’avais pas encore vu le médecin scolaire. Cette année, je bénéficie d’une vraie prise en charge.
Tout ce qui est à l’oral, ça fonctionne bien. A l’écrit j’ai du mal et aussi pour retenir certains cours. Je mets du fluo sur les titres, ça me donne plus envie de lire. Mon père m’imprime des fiches pour m’aider à apprendre. En cours, je n’ai pas le temps de tout recopier. Les profs font une photo du tableau qu’ils m’envoient sur Pronote. J’imprime, je mets dans mon classeur. Pour les évaluations, par exemple en français, j’ai des textes à trous. En maths et en anglais, j’ai du temps en plus. Pour les autres matières, je me débrouille.
A la maison, j’ai un ordinateur. Je ne l’ai pas trop utilisé encore. Mais je le ferai dans les jours à venir pour les exercices. En classe, je préfère écouter.
Franchement, tous ces dispositifs m’aident à mieux apprendre. J’ai plus de mal en histoire parce que je ne suis pas trop « histoire ». Mais je regarde des vidéos en rapport avec le cours par exemple sur Hitler et Staline. Si je fais des erreurs, je retravaille pour ne plus en faire.
Pour l’instant j’ai de bonnes notes. Je souhaite avoir mon brevet. Je dois travailler plus que les autres. C’est embêtant. Des fois, je ne travaille pas assez. Mais j’essaie. L’an prochain je veux aller en seconde. Peut-être en lycée professionnel. Je ne sais pas encore ce que je ferai. Policier, dans la musique ou le sport ? On verra ».